Avec Greta Garbo à bord du navire de la Swedish American Line
1929, Göteborg. Entourée de voyageurs, de membres d'équipage et sous l'œil de la caméra, Greta Garbo s'embarque sur un paquebot de la Svenska Amerika Linien à destination des États-Unis. Un signe de main, des larmes versées, un regard d'adieu à son cher pays natal.
Numérisation réalisée en 2026 par le Svenska Filminstitutet à partir d'un contretype (2005) d'une copie nitrate originale identifiée au début des années 90. Remerciements à Jon Wengström et Per Löwendahl (Svenska Filminstitutet).
« Mais je n'oubliais pas la Suède... Près de quatre ans s'étaient écoulés depuis mon départ, et je restais effarée devant les changements survenus. [...] J'avais la faveur du public, des amis, très chers, la réputation – moi, simple, paisible, retirée – d'une créature énigmatique et mystérieuse [...]. Tout cela était vrai, certain, tangible, mais il y avait aussi l'éloignement des miens, dont je souffrais toujours. » (Greta Garbo, « Ma vie d'artiste », Cinémagazine, juillet 1930)
Décembre 1928. Greta Garbo embarque sur le paquebot MS Kungsholm pour passer les fêtes de Noël en famille, à Stockholm. Depuis son arrivée à Hollywood en juillet 1925, c'est la première fois qu'elle a l'occasion de retourner en Suède. C'est désormais une immense star qui revient au pays natal, harcelée par la presse et les fans, contrainte d'effectuer le moindre déplacement sous un faux nom.
Sans doute n'importe quelle autre actrice serait aux anges de toucher du doigt son rêve ; Garbo, elle, est malheureuse. Elle a laissé derrière elle un pays et une famille adorés, a appris à distance la mort de son mentor Maurice Stiller, en novembre 1928. Déracinée, elle ne s'est jamais habituée, ni à la vie hollywoodienne, ni aux États-Unis, « cette Amérique laide, laide, toute entière machine – c'est insupportable », écrit-elle à un proche.
Le film d'actualités nous la montre sur le chemin du retour, le 9 mars 1929, s'apprêtant à retrouver les studios : c'est l'image d'une petite fille dans son grand manteau – Greta Lovisa Gustafsson – qui tente vainement d'échapper à l'œil de la caméra pour pleurer un peu. À peine a-t-elle eu le temps de sécher ses larmes qu'il lui faut déjà redevenir « la Suédoise la plus célèbre du monde ».
Murielle Joudet
Pour aller plus loin :
- Greta Garbo, « Ma vie d'artiste », Cinémagazine, juillet 1930, pp. 7-12, 58-61, consultable sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2000581j
- Collections en ligne du Svenska Filminstitutet liées à Greta Garbo : https://www.filmarkivet.se/sokresultat/?q=garbo