Notre-Dame, cathédrale de Paris
Une visite minutieuse de la cathédrale, entre histoire, architecture et contemplation.
Restauration menée en 2024 par Argos films et la Cinémathèque française au laboratoire Éclair Classics, avec le soutien du CNC et de la Fondation Neuflize OBC, à partir des négatifs image et son. Remerciements à Ellen Schafer et Bernard Eisenschitz.
L'église filmée ici en décembre 1956 n'est pas Notre-Dame telle qu'au matin du 15 avril 2019, ni en 1963, lorsqu'elle fut blanchie pour la première fois sous le ministère d'André Malraux : la façade dégradée est gris foncé, les statues des jardins souillées par les oiseaux. Franju montre une nef presque vide, peuplée seulement d'une poignée de fidèles d'avant Vatican II, avant l'ère du tourisme de masse. Comme l'indique le titre, il s'agit d'un film sur une cathédrale et non sur la religion : c'est un film laïque, mais pas blasphématoire comme certains excès critiques de l'époque le laissaient entendre.
Franju veut que le public se fasse son propre avis, même si, comme il l'a dit à François Truffaut dans les Cahiers en novembre 1959, le résultat est parfois amusant : « L'autre jour, un voisin arrête ma femme dans la rue et lui dit : "Ah, madame Franju, permettez-moi de vous serrer la main. J'ai vu le film de votre mari sur Notre-Dame, quelle merveille ! Et puis toutes ces chaises vides, ah ! Madame, on sent que monsieur Franju est un grand catholique, on comprend qu'il nous dit : regardez ces chaises, c'est là que des milliers de fidèles vont venir prier." Qu'est-ce que vous voulez répondre à ça ? J'ai fait ce plan justement pour montrer que les fidèles se font rares, que la cathédrale était déserte, et voilà ce qu'on comprend ! » Parlant à Freddy Buache, il ajoutait dans Positif à l'automne 1957 : « L'église aurait été peuplée, cela m'arrangeait également. On s'arrange des ennuis. Même quand ce qu'on a prévu n'arrive pas, ça s'arrange forcément quand on sait voir et choisir son objet ou son sujet. » Ce que voit Franju, c'est la survivance d'un bâtiment médiéval qui est en quelque sorte en phase avec son temps.
Bernard Eisenschitz